La Société Générale objet d’une manipulation sur Twitter ?

Nous vous livrons ici l’analyse d’un phénomène de manipulation sur Twitter que nous sommes visiblement les premiers à avoir identifié.

Dans le cadre de son offre d’e-réputation, Proxem produit un observatoire Twitter sur les banques. C’est la synthèse hebdomadaire de ce qui s’est dit sur Twitter autour de chaque banque. L’analyse sémantique permet de :

  1. Séparer le bon grain de l’ivraie (dans ce contexte, il faut filtrer BNP quand ce sigle veut dire British National Party, ou LCL quand c’est Lieutenant-Colonel),
  2. Qualifier chaque tweet (avis de consommateur, remarque sur du sponsoring sportif, offre d’emploi…),
  3. Synthétiser les tweets similaires en groupes homogènes, pour dégager les tendances.

L’analyse de la semaine du 14 septembre 2011 concernant la Société Générale montre que le tweet le plus (ré)émis est « Depuis 2006, l’action Société Générale a chuté de 140 à 17€ banque faillite CAC 40 ». Ce groupe compte plus de 600 tweets, soit sensiblement plus que ceux concernant le retrait des fonds de Siemens (138 tweets), la poursuite du site Electron libre en diffamation (122 tweets) ou l’enquête US sur le rôle de la banque dans une affaire de fraude (69 tweets).

Le problème vient ici du fait que ces 600 tweets n’ont pas été écrits par des humains, mais réémis en boucle automatiquement par un bot (robot logiciel) qui gère une vingtaine de comptes Twitter (ladydodo2, gisetta1, roussiama, rotatayoyoy1, hiroshigirl1, mylenana, cleamounette, krulyly, dilita2, semella1, eylisabetha, jordine3, olgach07, larabis1, Clisthna, lrah1). Certains des profils qui étaient gérés par le bot (clemental1, delphinie1, cybella2, freyha1, ingreed4, vaninahal) ont déjà été suspendus. Tous ces différents profils partagent les mêmes caractéristiques : un avatar féminin d’inspiration manga ; une émission automatique de tweet toutes les 3 minutes ; aucun following. En revanche, l’ensemble des profils compte plus de 1000 followers.

Depuis 2006, l'action Société Générale a chuté de 140 à 17€ banque faillite CAC 40

Qui est derrière cette machinerie ? Quelle en est la motivation ? (Est-ce une officine étrangère cherchant à déstabiliser une banque française ? Faut-il prévenir la DCRI ?)

Tous les tweets de ces profils contiennent un lien court vers différentes entrées du même blog, Zebuzzeo. Il semble donc s’agir d’une opération de marketing auto-promotionnel. Notons toutefois que ce blog ne contient pas d’indication sur son auteur ; sa ligne éditoriale n’est pas non plus limpide.

A ce stade, je ne sais pas à quel point la « contribution » de ce bot a augmenté le bruit de fond négatif autour de la Société Générale, du fait de ses 1000 followers, et ajouté aux rumeurs récurrentes qui depuis cet été ont fait chuter son cours. Je ne suis pas convaincu qu’il y ait dans le cas d’espèce volonté de nuisance. Néanmoins, l’existence même du bot soulève des questions.

La confiance est une notion centrale dans le Web 2.0. Une grande majorité d’internautes fait encore confiance aux avis de consommateurs ; mais la multiplication de révélations d’affaires de faux avis est de nature à créer le doute. Dans le domaine du tourisme, des sites Web de référence se sont fait épingler récemment pour avoir franchi la ligne jaune. En août 2011, plusieurs américains soutenaient spontanément sur Twitter le projet de passage d’un pipeline dans une région de sables bitumineux ; il s’agissait en fait d’une opération grossière de lobbying, avec des faux profils créés pour l’occasion par un institut pétrolier américain.

Des faux avis risquent de tromper les internautes. Mais les humains ne sont pas les seuls à être crédules ! Avec la capacité de produire automatiquement des tweets, les systèmes de veille ou d’e-réputation peuvent aussi facilement être induits en erreur. Le cas que nous avons exposé a mécaniquement augmenté les avis négatifs sur la Société Générale, et la corrélation de son nom avec le terme faillite. Repensez-y quand vous consultez des dashboards…

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9 réflexions au sujet de « La Société Générale objet d’une manipulation sur Twitter ? »

  1. Très bonne analyse. Comme quoi le travail sur les media sociaux ne se limite pas à l’analyse du contenu et encore moins au comptage des (co-)occurrences ! Détecter les faux avis, les bots, les faux profils, voilà un vaste chantier qui s’ouvre à tous ceux qui veulent apporter leur pierre au SMA.

    Confraternellement,
    Hugues

  2. désolé, mais les analystes qui connaissent l’informatique (la programmation, la recherche, les algorithmes, …) savent faire le tri dans les comptes twitters et dans les tweets .
    Après, pointer un campagne de diffamation relève soit de l’information, soit de la manipulation (et après, se pose la question du pourquoi … )

    • Pas si sûr que tous les analystes sachent faire ce tri. Et presque certain que les programmes eux-mêmes aient encore plus de mal.
      Notons que je n’ai pas parlé de « campagne de diffamation ».

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